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[Le 5 avril 2011 : l'article le plus consulté de la semaine écoulée]

 

Thiers phrygien-2Supposons que vous ne soyez pas des démocrates exemplaires. Vous voulez éviter de vrais débats sur la situation et l'avenir des départements, l'action qui s'y mène, les difficultés qu'elle rencontre, y compris de la part de l'État ?

Ne vous en faites pas, les recettes sont nombreuses, en voici quelques-unes :

1) Vous n'appelez pas l'instance responsable des départements "conseil départemental" : ce serait trop clair pour tout le monde, et laisserait croire qu'on s'y occupe des affaires du département. Appelez cela conseil général, ce qui a l'avantage d'être obscur pour beaucoup ;

2) Vous appelez donc les membres de ce conseil des conseillers généraux, personne n'ira penser qu'ils ont des responsabilités particulières, et se demander lesquelles ;

3) Cependant, faites-les élire lors d'élections dites cantonales, comme s'ils s'agissait d'élire les gestionnaires d'un canton ;

4) Et mieux encore : faites-les élire dans le cadre géographique des cantons, pour renforcer la confusion : cela permettra de faire passer les questions d'intérêt cantonal au premier plan, au détriment des questions d'intérêt départemental, autrement plus dangereuses pour l'État ;

5) Ne les faites surtout pas élire par un vote entre des listes : elles pourraient regrouper des candidats - hommes et femmes à parité, l'horreur ! - ayant les mêmes projets pour le département.
Préférez le vote "uninominal" ou l'électeur choisit un nom1, c'est-à-dire quelqu'un (son maire, par exemple, qu'il connaît mieux que d'autres, dans les petites villes, même s'il ignore ses idées pour le département) ;

6) Ultime précaution : ne les faites pas élire tous en même temps, cela pourrait provoquer un surcroît d'intérêt pour la consultation. Faites-en élire seulement une moitié tous les trois ans (c'est comme ça depuis 18712). Ça limite les surprises.

Ainsi paré contre tout risque d'émotion dans les départements, vous pourrez joindre vos larmes de crocodile à celles des citoyens qui déplorent sincèrement la montée de l'abstention et du racolage populiste.

On peut rêver un instant : un scrutin proportionnel de liste inspiré de celui qui marche bien pour les élections municipales aurait le mérite d'une beaucoup plus grande clarté dans les enjeux, les alliances, les débats et les votes, de permettre à la fois la constitution préalable de majorités claires et la représentation démocratique des minorités.

La méfiance jacobine à l'encontre d'une vraie démocratie locale produit tout à la fois la centralisation, l'État-bouffon roi des antennes, les cumuls de mandats, les alliances de couloir, les candidatures à électorat variable, les fausses régions, le désintérêt des citoyens et, chaque jour un peu plus, leur colère.

La "réforme" territoriale - trop mollement combattue - va en remettre une grosse couche en 2014, si la préparation de 2012 n'est pas l'occasion d'amorcer un vrai changement dans cette improbable République, qui est encore si loin d'être l'affaire de tous, comme le voudrait son étymologie3.

 

(1) : deux, en comptant le suppléant, mais la logique est la même.

(2) : ce qui pouvait se comprendre à l'époque.

(3) : de Res publica, la chose publique.

Tag(s) : #Elections