Gare Mauron 1900bL'UDB dans ses premières années, comme le CELIB qui publiait les études sur cette question et beaucoup d'autres, a souvent dénoncé l'émigration des jeunes Bretons vers Paris entre 1860 et 1960 (surtout).

On a beaucoup parlé des chiffres globaux, considérables, mais je me suis récemment rendu compte que le phénomène avait pu être à peine visible pour les contemporains.

Car cette émigration, c'était en moyenne 30 jeunes par jour qui prenaient le train avec leur valise pour la gare Montparnasse.

Ça ne faisait pas beaucoup par gare, ni beaucoup par train. Mais au bout de l'année, cela faisait 10 000, et au bout d'un siècle ...un million.

Or, la Bretagne avait largement les moyens d'accueillir ces 30 jeunes et, plus tard, leurs enfants(1).

Poursuivre et entretenir les travaux de voierie aurait ainsi permis d'améliorer progressivement la circulation entre bourgs, et entre bourgs et villes moyennes, entre villes moyennes et ports, etc, entraînant une progression lente et régulière de l'activité locale et  une absorption "de proximité" de la plus grande partie de l'exode rural. Les choses se sont passées ainsi dans une grande partie de l'Europe, où la croissance urbaine a été beaucoup mieux répartie qu'en France, avec la croissance de l'activité et celle des transversales de tous niveaux.

Gare Montparnasse 1900De ce point de vue, il a été fatal à la Bretagne de perdre une haute administration de la qualité des Viarmes, d'Aiguillon, ou Le Bret, ayant le sens du territoire dans sa globalité, et celui du long terme(2). La départementalisation - beaucoup plus que la Révolution - a en effet cassé ce pouvoir politico-administratif pour le remplacer par celui des petits marquis de chefs-lieux de canton, sans envergure ni moyens, encadrés et assistés - le mot s'impose - par des fonctionnaires d'État dont le sens de la carrière l'emportait de loin sur celui du territoire.

Ce nouveau système avait davantage besoin du train centralisé que des chemins carrossables, et c'est ce train centralisé qui a vidé au goutte à goutte la Bretagne rurale - et majoritairement bretonnante.

 

(1) - Ce qui veut dire que la Bretagne pourrait avoir aujourd'hui entre 6 et 8 millions d'habitants (au lieu de 4,3) !

(2) - Notons d'ailleurs qu'ils ont exercé leurs fonctions respectivement pendant 18, 15 et 12 ans.

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Illustrations : la gare de Mauron (56) et la gare Montparnasse autour de 1900.

Tag(s) : #Emigration
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